LE CHATEAU DE CONDE SUR MOSELLE A CUSTINES

Outre le toponyme d'origine celtique, la présence d'une villa gallo-romaine, d'une nécropole mérovingienne et d'une église-mère dédiée à saint Léger confirment l'ancienneté de l'occupation humaine dans ce secteur.

Le village face au confluent de la Meurthe et de la Moselle contrôle le débouché de la Mauchère qui constitue un passage naturel vers le Saulnois, principal centre de production de sel contrôlé par les évêques de Metz.

Dès le début du XIIIe siècle, les comtes de Bar, appuyés sur la forteresse de Mousson, s'engagent dans une politique d'empiétements systématiques au détriment des évêques de Metz afin de s'assurer du commerce du sel. En 1220, ils prennent le contrôle des châteaux de Viviers et de Morhange et en 1240 de celui de Toulon. Les évêques réagissent en fortifiant Nomeny vers 1240-1250 puis Condé.  La documentation écrite permet de suivre le processus. En 1253, l'évêque Jacques de Lorraine rachète pour 300 livres messines l'avouerie de Condé à un de ses vassaux. Son successeur, Philippe de Florange achève la construction en 126l.

Ainsi, le château de Condé, contrairement aux apparences, n'a pas été construit pour neutraliser celui de Frouard mais pour prendre à revers l'expansion des comtes de Bar-Mousson. Ceux-ci ne tardent pas a réagir avec vigueur. En 1268 ils obligent l'évêque à leur engager Condé jusqu'en 1272 puis de 1287 à 1291. En 1314 le gage est porté à 6000 livres et à 19000 en 1328. Condé devient une prévôté barroise et un avant-poste de la ville neuve de Pont-à-Mousson fondée en 126l. Le château joue un rôle militaire dans la période troublée de 1350 à 1419 mais la réunification des duchés en 1420 change sa fonction. Il devient la base d'opérations lorraines contre la ville de Metz. Le duc Charles II l'utilise entre l427 et 1429 dans un conflit avec la cité messine. Trois cents hommes d'armes y stationnent pendant plusieurs mois.  Les frais d entretien sont supportés par le châtelain Wautrin Hazard qui fait  «rediffier et remaisonner la plus grande partie de la maison et ediffiement de notre dit chastel de Condé lequel estoit du tout ou la plus grant part d'icelluy inhabitable et a ruyne... ». Ils s'élèvent à la somme de 1500 francs. En 1467, le château est incendié par les bourguignons installés dans le Toulois. En 1473, l'évêque de Metz cède à Charles le Téméraire son droit de rachat de Condé. Le duc fait occuper le château en septembre 1475 par l'un de ses capitaines, Cola de Monteforte, comte de Campobasso, avec pour mission de contrôler le pont de Bouxières et les accès de Nancy. En décembre 1476 le condottiere prend le parti de René II et coupe la retraite aux troupes bourguignonnes fuyant Nancy et se retirant vers Metz en janvier 1477. Il reçoit en récompense la châtellenie de Condé où il réside durant une année. La disparition du danger bourguignon et l'abandon des ambitions italiennes de René II le poussent à se consacrer à ses états lorrains. Entre 1488 et 1493 il tente de conquérir la cité de Metz. C'est dans ce contexte qu'il renforce les fortifications de Nancy et transforme Condé en une véritable place forte. Les comptes de la prévôté indiquent d'importants travaux à partir de 1491 avec l'ouverture de carrières et de fours, la construction d'une muraille et d'une nouvelle porterie. Ces travaux correspondent à l'édification d'un puissant boulevard d'artillerie autour du château qui acquiert également une fonction résidentielle de caractère princier. Le duc vient y pratiquer la chasse à courre, élève des animaux sauvages et fait aménager deux garennes et un étang pour les cygnes et les hérons. Les travaux d'entretien permettent de connaître approximativement la répartition des appartements et des dépendances. C'est dans ce cadre que la duchesse Philippe de Gueldres met au monde Claude de Lorraine, futur duc de Guise et fondateur du célèbre lignage.

Le château est mis hors d'usage par les troupes françaises en 1635 puis sert de carrière jusqu'à une date récente.

 

Le site

Le château est construit au sommet d'une très longue butte étirée d'est en ouest qui barre la vallée de la Moselle et l'oblige à dessiner un large méandre. Une épaisse couche de calcaire bajocien recouvre un empilement de marnes constituant un talus abrupt au sud où il domine de 67 m le cours de la rivière. Les trois autres côtés offrent des profils beaucoup moins marqués. Le village, situé à 900 m au sud-ouest en bordure du cours d'eau est très antérieur au château et n'entretient pas de rapport topographique direct avec lui.

 

Extrait du texte de Gérard GIULIATO